- L. : Je m’appuierai sur les six critères retenus par José Bové et Gilles Luneau, dans leur livre Pour la désobéissance civique (2). Pour qu’un acte soit qualifié de désobéissant, il doit être « conjointement » : un acte de résistance collective, non violent, transparent, personnel et responsable, désintéressé et ultime. En cela, Jésus est un formidable modèle d’une juste objection de conscience. Jésus est le roi non-violent du royaume de la non-violence ! On le voit très bien dans le rapport qu’il entretient à la loi de Moïse. Il pousse la loi à son accomplissement : dans la volonté du Père, il y a la loi d’amour, qui est de donner sa vie pour sauver les autres. Dans l’acte de désobéir, on sait qu’on encourt un risque. Jésus le savait pertinemment quand il guérit un malade un jour de sabbat. En contestant la Thora, il attise des désirs de mort contre lui.
- L. : Oui. L’Évangile a été la source de beaucoup de mouvements non violents. Gandhi, grand intellectuel, avait lu les Évangiles. On sait aussi qu’il avait correspondu avec Léon Tolstoï. L’écrivain lui aurait passé la flamme de la non-violence quand ce dernier a découvert la perle des Évangiles : « Priez pour vos ennemis. » Il y a donc clairement une filiation entre la spiritualité chrétienne et la non-violence. Mais hélas, on ne voit pas grand-chose se lever aujourd’hui ! En France, il semble que désobéir ne soit pas dans les mentalités chrétiennes. On demande aux chrétiens de prier le Seigneur pour qu’il le fasse à notre place. Or, c’est à nous d’agir, accompagnés par l’Esprit Saint. Jésus nous montre la voie : il s’est laissé conduire jusqu’au don total de sa vie. Si on a une foi ancrée, on participera aux grands combats de ce monde pour faire triompher la justice. Le pape François nous y invite d’ailleurs. En 2017, il a adressé un message pour la 50e journée de la paix : « J’assure que l’Église catholique accompagnera toute tentative construction de la paix, y compris par la non-violence active et créative. »
- L. : Cela signifie qu’au cœur de la non-violence, il y a la miséricorde. En 1983, les évêques allemands avaient publié une lettre : La justice construit la paix. Ils y évoquent une « non-violence créatrice. » Quand il y a une injustice, cela cause des souffrances. On cherche alors à convaincre le puissant de cesser. Comme cela ne fonctionne pas, il faut passer par la contrainte non-violente. Là où la miséricorde intervient, c’est que la contrainte doit se faire dans le respect des personnes combattues. Car, si le combat aboutit, ces personnes pourront peut-être se convertir et rejoindre, à leur tour, les personnes qui luttent. La miséricorde est créatrice : elle participe, à la suite de l’acte créateur divin, à rendre la création harmonieuse.
